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Carré 35


Film parlant français, documentaire

Réalisateur Eric Caravaca
Durée 1 h 07
Origine France
Année 2018
Distributeur Scope Pictures

Tout commence en Suisse sur le tournage d’un film qui n’a rien avoir avec celui-ci. Le décor du jour est un cimetière et alors qu’il n’a aucune racine là-bas, ni de raison de pleurer, l’acteur Éric Caravaca est envahi par une étrange tristesse en cheminant dans les allées du « carré des enfants ».  Cet instant-là s’impose comme un pressentiment, celui d’être le dépositaire d’une douleur qui n’est pas la sienne, qui vient de plus loin que lui-même, sur laquelle il s’est inconsciemment construit.

Le pourquoi, le comment ? On le comprendra au fur et à mesure de cette passionnante enquête qu’il nous fait revivre en direct. C’est presque une intuition de détective qui va le pousser à braver courageusement les non-dits familiaux qui ont muselé son enfance.

Le film débute par l’interview de sa mère. Une femme étrangement détachée qui louvoie constamment. On ne sait quoi en penser. Est-elle un monstre d’insensibilité ? A-t-elle vécu une souffrance si bien enterrée qu’elle ne la laisse plus affleurer à la surface ? Est-elle complètement folle, dans le déni ?

Toujours changeante, s’imaginant des prénoms, réinventant son passé sans trêve, fuyant les souvenirs, jusqu’à éradiquer tout un pan de sa mémoire. De séquence en séquence son fils la traque avec pudeur, tendresse rentrée, agacement retenu, pressentant quelque drame. Au fil des mots, le secret se libère. Se dresse la silhouette d’un petit fantôme d’abord vaporeux mais dont l’existence ne peut plus être niée. Un phantôme au nom de Christine…

Avec elle tout s’éclaire : la chronique d’une famille, les écorchures, les joies d’une vie, les déceptions, les drames. Ainsi que les émanations nauséabondes d’un passé colonial douteux, dans une Algérie et un Maroc encore français où les jeunes colons semblaient vivre dans une insouciance coupable, en tournant résolument le dos à la souffrance de tout un peuple, aux injustices qui lui étaient infligées, à un crime contre notre humanité qui taisait déjà son nom.

Carré 35 restera dans nos mémoires comme un film sans concession, sans jugement non plus, d’une beauté fulgurante. Une grande œuvre d’une générosité inouïe qui ouvre la porte sur l’intimité d’une rédemption véritable.


Prochaines séances

Parc Churchill Sauvenière
Février
lundi 19 - 16:45
mercredi 21 - 18:15
jeudi 22 - 14:00
lundi 26 - 16:30